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La haine qu’on donne et l’ignorance, l’économie haïtienne dans l’impasse.

“Monopoly might be zero-sum, but not wealth.”       

Frederick Bastiat

Haïti, ce pays dont l’histoire et les accomplissements inspirent la plus grande fierté parmi les sociétés humaines, est comme nous le savons tous, dans une impasse structurelle où la coordination, la coalition et l’entente se font au détriment du développement commun. Depuis l’invention de cette nation, notamment après la mort de l’empéreur, des décisions généralement prises par nos autorités et nos élites, en termes d’organisation industrielle, agricoles etc.… sont allés à l’encontre de l’intérêt commun, et ne font que pérenniser l’approche économique du zero-sum où certains gagnent (peu) et d’autres perdent et se désintègrent. Beaucoup d’auteurs l’ont vu. Paul Moral l’a vu, du moins pour ce qui concerne l’agriculture et la désintégration continue des activités du paysan, due à une mauvaise organisation de l’agriculture qui leur met dans une situation de laisser pour compte. Aujourd’hui, au moment où l’humanité se prête à entrer dans l’ère de l’industrie 4.0, nous peinons en Haiti de faire notre révolution agricole.

Monopole, rente, spoliation, violence, distrust, corruption, gaspillage, tous ces maux peuvent constituer des pans entiers de notre histoire de peuple, que nous reproduisons chaque jour comme si nous participions contre l’humanité à un concours de pauvreté et de misère abjectes. Tous ces maux sont des blocages sérieux à tout processus d’accumulation du capital et de réduction des inégalités, deux outils nécessaires pour mettre le pays sur la voie de la stabilité, de l’équilibre et de la prospérité. L’économie et la société haïtienne d’aujourd’hui nuisent sérieusement à l’intelligence. C’est une économie qui a subi la désindustrialisation du peu d’industries dont elle disposait. Une économie, dont l’agriculture, autrefois florissante et constitua un grand levier de devises, se voit aujourd’hui dans son stade le plus moyenâgeux. Donc nous disposons une économie qui non seulement ne crée pas des opportunités, mais en détruit, ce qui met la société dans une situation où on cultive la haine et l’ignorance.

Haine, parce que la loi et le système en place induisent une partialité, un favoritisme légal au bénéfice d’une minorité de personnes qui ramassent de la richesse par le biais d’une série d’activité non productives et par le contrôle systématique des pouvoirs publics. Haine parce qu’on donne légalement à quelques personnes la faculté de spolier, de fonctionner suivant la logique de la rente, du crony-capitalism, ennemi de l’innovation et de la concurrence. L’ignorance, pour sa part, est venue en réaction par rapport à cette société de copinage. Elle est le fait pour la majorité, ou plus précisément des groupes se disant défendre l’intérêt de la majorité, de réclamer pour eux le pouvoir de spoliation dont le peu disposent. Ces groupes, généralement, se disent socialistes, de gauche, marxistes etc.. Nous les retrouvons dans nos facultés publiques, et assez souvent ils sont des partis politiques ou plateformes qui veulent s’occuper des problèmes des masses mais Hélas! leurs stratégies ne relèvent que du DOING BAD BY DOING GOOD, telles que nous pouvons le remarquer en Amérique du Sud, où ces alternatives ont conduit à de sérieux problèmes d’agence, qui parfois aboutissent au chaos.

Cette situation, où une société est dominée par des groupes spoliateurs, certains animés par l’égoïsme inintelligent, d’autres par un philanthropisme trompeur : deux leadership rivaux mais qui ne peuvent rien donner que le chaos, n’est pas une marque haïtienne. Elle a commencé en Europe, notamment en France dans les années 1850 et a réussi à donner, même relativement, une société française spoliatrice, qui accuse toujours des retards par rapport au monde anglo-saxon où ils ont su bien combattre cette entrave idéologique. Elle s’est répandue plus que partout ailleurs en Amérique du Sud. Cependant, la situation est bien différente en Asie, notamment en Corée du Sud, au Taiwan, au Singapour, au Thaïlande et même en Chine (communiste?), où la réaction face à l’égoïsme inintelligent, qui ne comprend pas que la règle fondamentale d’un système capitaliste n’est pas l’appropriation du capital mais la liberté d’entreprendre, est plus stratégique qu’idéologique. Cela constitue évidemment une raison qui explique pourquoi les pays asiatiques ont su rattraper (Catch Up) l’Occident, mais ceux de l’Amérique du Sud restent toujours en développement (hormis le Chili).

Le leadership pour une Haiti libre et prospère, doit savoir affranchir le pays non seulement de la spoliation du peu sur la majorité, mais aussi combattre ce désir non avisé, trompeur et rétrograde qui veut que la majorité pille le peu ou pille encore la majorité. L’enjeu pour la croissance économique, la création des opportunités, la réduction des inégalités et pour une lutte efficace contre la pauvreté, se trouve dans la capacité d’établir une organisation industrielle/agricole et politique qui soit assise sur la concurrence, la connaissance, l’innovation incrémentale de nos technologies, la compétition et la liberté pour tous d’entreprendre sans crainte d’être spolié soit par des particuliers, soit par la majorité. Pour un Etat social effectif et durable, il nous faut d’abord un Etat économique, et pour ce dernier il nous un Etat qui soit affranchi de spoliation de toute sorte : légale ou extra-légale, de la minorité tout comme de la majorité.

Nous sommes dans le besoin de réinventer le capitalisme haïtien, d’opérer de profondes mutations dans ses structures et dans ses centres de décisions. Il faut faire attention aux exemples Sud-Américains, où la droite politique est souvent une minorité rentière qui se développe contre l’intérêt commun, et la gauche, souvent corrompue et incompétente, ne peut pas poser des bases solides d’une économie moderne car elle attaque à la pièce maitresse de la prospérité : la propriété. Le système a certes besoin de changer, mais ce qui importe est de savoir où nous devons l’emmener pour espérer du succès. A cette fin, il faut choisir entre les trois options, que le grand économiste français, Frédéric Bastiat a décrites dans son ouvrage intitulé La loi (1850) :

  • Choisir que le peu pille la majorité (ce qui est une constante dans notre histoire).
  • Choisir que la majorité pille le peu (DECHOUKAY), puis pille la majorité (Socialisme).
  • Choisir que personne ne pille personne (place à une économie ouverte, innovante et concurrentielle qui crée des opportunités.)

Johnny JOSEPH, Applied Economist, CTPEA, vice president de Catch Up Haiti .

Email: johnnyjoseph92@gmail.com