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Le capitalisme : Un combat pour les libertés individuelles

Il y a une tendance générale à opposer le capitalisme à l’épanouissement de l’individu. Dans cette conception, erronée, le capitalisme mène une guerre sans merci contre l’individu et par addition contre le bien commun. Les inégalités que l’on observe dans le monde, la paupérisation de plus en plus criante des masses et l’exploitation abusive des hommes et des femmes, pire encore des enfants, ont tendance à renforcer cette vision.  Ce procès contre le capitalisme devient d’autant plus virulent quand il est lié à la question de domination des peuples, l’impérialisme, cet ogre que l’on craint tant est perçu par plus d’uns comme un outil du marché. Cette idée, généralement véhiculée par l’anticapitaliste, n’est cependant pas en cohérence avec l’histoire dans la mesure où, contrairement à celle-ci, le capitalisme marque le triomphe de l’individualisme. L’histoire de l’organisation des peuples montre que l’affirmation de l’individu en tant que tel est le résultat de plusieurs siècles de combat d’idéologies, de pensées organisationnelles. Soulignons que, depuis l’apparition des premières formes de sociétés jusqu’au XVème siècle, le paradigme dominant fut le collectivisme. Cette idée de société prise au sens holistique ne permet pas l’accomplissement de l’individu, il ne peut y avoir d’identité propre car se penser comme personne a part entière était inconcevable.

Dans la période préhistorique, il n’y avait aucune forme d’individualisme, on n’existait pas en dehors de la famille ou de son clan. Cette idée se comprend aisément puisqu’à l’époque il n’y avait pas de complexification des rapports sociaux. A cette époque, il n’existait pas de relation économique proprement dite, le butin de la chasse ou les fruits de la cueillette étaient partagés au sein de la famille ou du clan. L’idée de liberté, même s’il existait, était secondaire à la notion de survie, d’apprivoisement immédiat d’un environnement qui était, à cette époque, le principal souci.

On remarquera que même dans ces moments, existaient une forme d’inégalité. Supposons que le partage se faisait de manière égalitaire entre les familles et qu’après la famille repartira le butin entre ses membres. Cette idée aussi belle qu’elle puisse paraitre est dénouée de sens et conduirait à des conflits évidents car durant la cueillette ou la chasse, les performances ne sont pas les mêmes. Prenons par exemple un individu ayant la capacité de chasser trois gazelles par jour tandis qu’un autre ne peut en chasser qu’une. Si on fait un partage égalitaire celui qui a chassé les trois gazelles se retrouvera avec deux, a parité avec l’autre individu qui n’en a chassé qu’une. En théorie des jeux, surtout dans les jeux évolutionnaires, il est démontré pourquoi ce genre de situation ne peut à long terme tenir. La tendance naturelle à sélectionner les plus forts, comprenez par-là ceux qui s’adaptent le plus aux changements, conduira soit à un contrôle sur le clan par le meilleur chasseur soit à une diminution drastique dans le nombre de gazelles chassées. Il prendra volontairement la tête du clan car en contrôlant la chasse, il contrôle la richesse et détient donc un pouvoir sur la communauté. D’un autre côté, le fait de partager de manière égale et non en fonction de l’effort, augmentera ce que l’on appelle en économie les passagers clandestins. Pourquoi mettre tout mon effort dans la chasse quand je sais que même si je ne chasse pas j’aurai quand même de la viande. En effet, dans l’hypothèse où il ne chasse aucune gazelle et que l’autre chasse deux, les deux sortiront avec une gazelle.

Plus tard, dans l’antiquité, les formes d’organisations sociales n’ont pas laissé pas de place à l’individu. Même si les relations sociales sont devenues plus complexes et qu’à ce moment florissaient les activités économiques avec l’apparition des places de marché et des commerçants, ces relations étaient inféodées dans une vision holistique. Le cas de l’Egypte antique le montre bien. Dans celui-ci, le pouvoir en place, politique et religieux contrôlait tout, des récoltes à la distribution. Aussi, il faisait de la planification en prévision des périodes de sécheresse, en stockant une partie des récoltes limitant ainsi le nombre de biens consommés dans l’économie. Vous aurez remarqué la très grande ressemblance entre l’Egypte antique et l’URSS.

Cette tendance à renfermer l’individu s’est poursuivie dans le Moyen Age avec le catholicisme, l’idée même d’être riche était perçue comme étant diabolique et en désaccord avec le principe de pénitence prôné à l’époque. Dans ces conditions, l’accumulation de la richesse déjà condamnée par Aristote, était pour les scolastiques l’une des représentations les plus démoniaques. Il a fallu attendre le siècle des lumières, trouvant ses racines dans l’antiquité, pour une imposition de l’individu comme être à part entière et devant jouir de ce fait des droits et des libertés inaliénables. Ce besoin de liberté est à la fois philosophique, morale, spirituelle, politique mais aussi économique, qui donnera lieu au capitalisme.

L’affirmation de l’individu permet au capitalisme d’exister, c’est une prise de conscience individuelle, triomphant sur la sacralisation d’un holisme désenchanté, qui a permis l’émancipation économique de l’individu. C’est un besoin de liberté se manifestant sur tous ses aspects, politique avec l’apparition de la démocratie, religieux avec la montée de la pensée laïque mais aussi économique avec le capitalisme. Dès lors, le capitalisme ne travaille pas contre l’individu mais pour lui. En fait, c’est l’individu qui parce qu’il détient le capital et la force de travail qui contribue à la pérennisation du capitalisme. Tant et aussi longtemps durera cette quête inaliénable de liberté, se pérennisera ce système qui lui est consubstantiel.

 Je pense donc je suis, non pas dans un tout sociétale mais en tant qu’être unique, doué de raison et capable de prendre ses propres décisions. Le capitalisme mise sur l’individu, il pense que sur le plan économique il peut prendre ses propres décisions, des fois bonnes, mauvaises dans certains cas mais toujours dans l’idée qu’il connait ses propres besoins, ses forces et ses faiblesses plus qu’aucun autre. Comme le rappelle Milton Friedman, le capitalisme est une condition nécessaire à la liberté, pas suffisant on le consent. Cependant, seule son acceptation comme mode de rapport des individus à l’économique permet leur ascension, leur développement en termes de capabilités qui conduira au développement de la nation.

Autre vérité, et pas le moindre, le capitalisme ne prive pas l’individu du capital, au contraire, celui-ci pense que seul l’individu compétent, l’entrepreneur, peut en faire bon usage. En fait, ils sont nombreux à s’accordent sur la place du capital dans le processus d’accumulation de richesse, et dans ce sens tous sont capitalistes par définition. Les opinions divergent sur le mode de gestion du capital. Certains pensent que seul l’Etat peut utiliser le capital dans l’intérêt du bien commun. Dans cette vision, l’individu est mauvais, son égoïsme ne lui permet pas de voir le monde comme un tout et ne pense qu’à la satisfaction de son ego. Ainsi, seule une entité, complètement libérée de cette contrainte individuelle qu’est l’égoïsme et n’ayant en vue que l’intérêt collectif, peut s’assurer de la redistribution des fruits ce capital dans l’intérêt collectif. Ainsi, l’Etat non pas en tant que relations sociales mais en tant qu’entité administrative confisque le capital pour s’assurer d’une distribution efficiente de la richesse créée. Et, comme les individus en temps normaux, ont une tendance naturelle à la liberté, il faudra des instruments de contrôle pour limiter ce penchant. Ces instruments sont d’ordre psychologique avec la religion, la limitation de l’éducation, la restriction dans l’accès à l’information mais aussi des instruments de terreur.

C’est une illusion de penser que l’Etat est une entité liberée de l’egoisme et marquée par un humanisme à nulle autre pareille. Les politiciens sont aussi egoistes que nous et maximisent leurs interets personnels tout comme nous. Les defaillances du gouvernement, entre autres, la corruption et le manque d’innovation rendent compte de ce phenomene. En fin de compte, ce n’est pas le capitalisme l’ennemi des peuples ou de l’individu, c’est plutôt cette tendance de l’Etat quand il ne reste pas dans les limites de la régulation, confondant ainsi omniprésence et force, qui nuit considérablement au bien être économique.

Rosemond Marc Arold, Economiste-Statisticien, President de Catch up Haiti.

Email: rosemondmarc94@gmail.com